Chaque année, les pertes liées aux cryptomonnaies déclarées aux autorités se chiffrent en milliards. Mais derrière les statistiques, il y a une réalité simple : la fenêtre d'action est courte. Les escrocs déplacent les fonds vite, à travers plusieurs plateformes, pour brouiller la piste. Voici ce qu'il faut faire — et dans quel ordre.
1. Arrêter immédiatement les versements
Le premier réflexe est aussi le plus difficile : ne plus rien envoyer. Beaucoup de victimes, à ce stade, sont encore en contact avec l'escroc qui les presse de payer « une dernière fois » — des frais de déblocage, une taxe, une commission pour « libérer » leurs gains.
- Ne réalisez aucun nouveau virement, en euros comme en crypto.
- Ne payez jamais de « frais » pour récupérer des fonds prétendument bloqués : c'est un schéma classique d'escroquerie.
- Coupez le contact si la pression monte, mais ne supprimez rien (voir étape 2).
« Vos gains sont prêts, il ne reste qu'une taxe à régler. » Aucune plateforme légitime ne demande de payer une taxe en amont pour débloquer un retrait. C'est, à coup sûr, la continuation de l'arnaque.
2. Geler et conserver toutes les preuves
Votre dossier vaudra ce que valent vos preuves. Avant que les conversations ne disparaissent ou que les sites frauduleux ne ferment, archivez tout :
- Captures d'écran des échanges (WhatsApp, Telegram, e-mails, SMS), avec les identifiants et numéros visibles.
- Les identifiants de transaction (TXID / hash) de chaque versement en crypto — ce sont les fils que l'on remonte sur la blockchain.
- Les adresses de réception (« wallets ») vers lesquelles vous avez envoyé les fonds.
- Les coordonnées bancaires (IBAN), reçus, factures, et l'URL exacte de la plateforme frauduleuse.
- Le détail chronologique : dates, montants, devises.
Conservez ces éléments dans un dossier unique, hors de l'appareil potentiellement compromis si vous en avez un autre à disposition.
3. Sécuriser vos comptes et vos appareils
Si l'arnaque a impliqué une prise de contrôle à distance (logiciel type AnyDesk, TeamViewer) ou la transmission de vos identifiants, considérez vos accès comme compromis :
- Changez les mots de passe de vos comptes sensibles (banque, messagerie, plateformes crypto) depuis un appareil sain.
- Activez la double authentification (2FA) partout où c'est possible.
- Désinstallez tout logiciel de prise de contrôle à distance que l'on vous aurait fait installer.
- Si vous gérez vos propres cryptos, transférez ce qu'il reste vers un nouveau portefeuille dont vous seul détenez la phrase de récupération.
4. Signaler aux plateformes officielles
Le signalement nourrit les bases de données qui protègent les autres victimes — et certains organismes peuvent agir vite. En France :
- cybermalveillance.gouv.fr — plateforme officielle d'assistance et de signalement.
- Listes noires de l'AMF — pour vérifier si la plateforme y figure et la signaler.
- Tracfin — cellule de lutte contre le blanchiment, saisie via les circuits officiels.
- Votre banque, si un virement en euros est parti : une opposition rapide peut parfois bloquer un transfert non encore exécuté.
5. Déposer plainte sans attendre
Le dépôt de plainte n'est pas une formalité : c'est la clé juridique qui permet aux enquêteurs d'émettre des réquisitions vers les plateformes d'échange et d'envisager le gel des fonds. Rendez-vous dans un commissariat ou une gendarmerie, ou adressez une plainte écrite au procureur de la République.
Apportez le dossier de preuves constitué à l'étape 2. Plus il est précis (TXID, adresses, montants, chronologie), plus l'enquête peut avancer. Un rapport d'investigation blockchain joint à la plainte en renforce considérablement la portée technique.
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Réserver un diagnostic gratuit6. Faire tracer les fonds sur la blockchain
C'est l'étape déterminante, et la plus mal connue. Contrairement à une idée répandue, les cryptomonnaies ne sont pas anonymes : elles sont pseudonymes. Chaque transaction est inscrite de façon permanente et publique sur la blockchain.
Une analyse forensique on-chain permet de :
- suivre le cheminement de vos fonds, transaction après transaction ;
- identifier les plateformes d'échange (exchanges) par lesquelles ils transitent — points où une identité réelle est souvent rattachée au compte ;
- repérer les schémas de blanchiment et les comptes-relais ;
- produire un rapport recevable qui appuie la plainte et oriente les réquisitions judiciaires.
Plus vous agissez tôt, plus les fonds sont concentrés et donc gelables. Pour comprendre le détail de la méthode, lisez notre guide : Comment tracer des cryptomonnaies volées sur la blockchain.
7. Éviter la « seconde arnaque »
Les victimes d'une première fraude sont systématiquement reciblées par de faux « services de récupération » qui promettent de tout récupérer… moyennant des frais payés d'avance. C'est ce qu'on appelle un recovery scam.
Personne ne peut « garantir » la récupération de vos fonds. Quiconque le promet, vous contacte spontanément, exige un paiement d'avance en crypto ou n'a aucune existence légale vérifiable est, presque à coup sûr, en train de vous arnaquer une seconde fois.
Pour reconnaître ces pièges en détail, consultez : Recovery scam : reconnaître une arnaque au recouvrement.
En résumé
Arrêtez les versements, conservez chaque preuve, sécurisez vos accès, signalez, portez plainte, faites tracer les fonds — et méfiez-vous de toute promesse de remboursement garanti. Aucune récupération n'est certaine, mais une action rapide et méthodique maximise vos chances et constitue un dossier solide.